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Paul Lang

(Mis à jour le Juillet 17, 2017)
Paul Lang © Lucile Avezard

Nous avons interrogé Paul Lang, véritable amoureux de l’art français et actuellement conservateur en chef et conservateur responsable du département d’art européen du Musée des Beaux-Arts du Canada, à Ottawa.

 

  1. Pouvez-vous nous parler de votre parcours et de votre travail actuel ?

Je suis franco-suisse, et j’ai fait mes études universitaires de Lettres à Genève, terminées par un doctorat en 1989. Je me suis toujours intéressé à l’art français, et cela dès mes études puisque mon travail de maîtrise était consacré à Géricault et mon doctorat était consacré à la question des pendants (des tableaux par pair) de Claude Lorrain au duc d’Aumale.

Peu après mes études, j’ai été pendant 15 ans collaborateur scientifique à l’Institut suisse pour l’étude de l’art à Zurich. C’est dans ce contexte que j’ai appris à faire des catalogues de collections de musées, et surtout c’est pendant cette période que je me suis vu confier mes premiers commissariats d’exposition. Ma toute première exposition était consacrée au thème d’Amour et Psyché à l’âge néo-classique. En 2000 j’ai été nommé conservateur en chef du département des Beaux-Arts au Musée d’Art et d’Histoire de Genève où je suis resté pendant 11 ans. J’ai continué à m’intéresser et à promouvoir l’art français au-delà des frontières de l’hexagone, notamment avec une rétrospective Philippe de Champaigne en 2007 en collaboration avec le Palais des Beaux-Arts de Lille et puis en 2010, ma dernière exposition a été consacrée à Jean-Baptiste Corot : « Corot en Suisse ». J’avais déjà travaillé en collaboration avec des institutions françaises avant cela, par exemple avec le Musée de la Musique à Paris en 2007, sur la résonnance de l’œuvre de Richard Wagner dans les beaux-arts.

Enfin, depuis 2011, je suis directeur adjoint et conservateur en chef du Musée des Beaux-Arts du Canada. Contrairement à Genève, j’ai ici un budget d’acquisition qui me permet d’asseoir la présence de l’art français au sein de la collection. Ma première exposition ici a été réalisée en collaboration avec le Musée d’Orsay : une rétrospective Gustave Doré en 2014 puis Elisabeth Louise Vigée Le Brun en 2016, en collaboration avec le Grand Palais et le Metropolitan Museum. Il s’agissait de la première véritable rétrospective d’envergure internationale consacrée à cette femme-peintre. Je prépare actuellement une exposition de la collection d’Ordrupgaard. Cet ensemble propose un panorama très complet de la peinture française au XIXème siècle, de Delacroix à Cézanne.

Initialement mon déménagement ici a représenté un choc culturel, que j’avais peut-être sous-estimé. C’est alors que je me suis rendu compte combien j’étais européen.

 

  1. Que pensez-vous apporter au musée ?

Ce qui est intéressant, c’est que ma fonction a été souvent attribuée à un européen. Le prédécesseur de mon prédécesseur Colin Bailey en est un très bon exemple puisqu’il est anglais.  J’ai posé la question au jury quand ils se sont intéressés à mon profil, en leur précisant que je n’étais pas un spécialiste d’art canadien.

Il y a 5 départements au musée, que je supervise en tant que conservateur en chef mais j’ai une double fonction puisque je suis aussi conservateur responsable du département d’art européen. La bibliothèque et les archives sont, par ailleurs, également dans mon escarcelle.

Les 5 départements du musée :

  • Art contemporain
  • Art autochtone
  • Art canadien
  • Art européen, américain et asiatique
  • Arts graphiques

 

Cette nation demeure un pays d’immigration, extraordinairement ouvert à l’altérité. L’Institution cherchait manifestement une forme de polyphonie, en souhaitant recruter quelqu’un qui ait une démarche complémentaire. Au-delà de leur intérêt pour mes relations avec des grandes institutions européennes, je pense aussi que le Musée savait que j’étais très porté sur l’art français. Mon prédécesseur étant un spécialiste d’art italien : il s’agissait en quelque sorte de cultiver l’un des grands accents patrimoniaux de notre collection. Au cours de l’un de mes entretiens d’embauche je leur ai proposé de restaurer des collaborations avec des grandes institutions de l’hexagone.

 

  1. Une exposition au MBAC qui vous a particulièrement marqué ?

On dit que pour un conservateur c’est toujours la dernière qui est la plus belle, mais j’avoue avoir rarement eu autant de plaisir que de travailler sur Elizabeth Louise Vigée Le Brun. On a formé une équipe formidable, avec le spécialiste de l’artiste, Joseph Baillio, ma collègue du Metropolitan Museum of Art de New-York, Katharine Baetjer et le directeur du Grand Palais, Laurent Salomé (maintenant au Château de Versailles), qui sont devenus des amis. Nous avons aussi une excellente scénographe qui a fait de cette exposition peut-être celle dont je suis le plus fier, notamment au point de vue esthétique. 

Vigée Le Brun est une artiste merveilleuse. J’avais proposé le sujet en arrivant, mais je dois avouer que je n’avais alors pas encore pris la pleine mesure de son talent. Travailler sur une femme-peintre, c’est différent. Je m’étais intéressé à Angelika Kauffmann, sur qui j’avais publié quelques articles et quelques notices de catalogues de collections, mais je suis à présent convaincu que Vigée Le Brun est beaucoup plus originale. La période me passionne, et je pense que je suis devenu historien de l’art parce que je m’intéresse à l’histoire. L’œuvre de Vigée Le Brun est un sismographe des bouleversements de la société de son temps. 

Ce qui faisait peur à beaucoup de directeurs de musées c’est aussi qu’il s’agit  uniquement de portraits. Certains pensaient que ça n’allait pas avoir beaucoup de succès et que les gens s’ennuieraient. On a présenté ici 82 portraits et la version française du catalogue a été épuisée un mois avant la fermeture de l’exposition. Ce fut un grand moment d’émotion que de voir notre propre enthousiasme rencontrer l’intérêt du public.

C’est aussi l’occasion pour moi de saluer notre collaboration avec l’Ambassade de France qui nous a permis de faire venir un certain nombre de conférenciers. Leur travail de promotion et de diffusion a été tout simplement exemplaire.

 

Élisabeth Louise Vigée Le Brun, Marie-Antoinette à la rose, 1783