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French French au Festival DOXA du film documentaire

22 avril 2015 | By francecanadaculture Vancouver

Avec ces 7 + 7 films - et la présence de certains de leurs réalisateurs -, FRENCH FRENCH se veut être une défense et illustration de la « politique des auteurs » qui reste le cadeau le plus précieux de la France au cinéma mondial. Au-delà de « l’Ecole Française », célébrer ainsi la créativité et la richesse du genre documentaire lui-même.

Cinéma, de notre temps est une collection créée il y a un demi-siècle à la Télévision Française par Janine Bazin et André S. Labarthe, dans l’esprit de la célèbre revue des Cahiers du Cinéma, avec l’ambition de produire des films documentaires sur des cinéastes, réalisés par des cinéastes.

7 titres français de cette collection devenue légendaire seront présentés par André S. Labarthe en personne.


Jean Renoir, le Patron. La Règle et l’Exception
Jacques Rivette, France, 1967, 90mn

« J’ai nommé ce film Jean Renoir, le Patron, parce qu’il est la personnification du haut niveau d’exigence du cinéma français. Renoir c’est l’intelligence même, ou plutôt un être qui a réalisé le parfait équilibre entre intelligence et forte sensibilité »
Troisième volet d’une trilogie dédiée au grand-père du cinéma français, Jean Renoir, le Patron, la Règle et l’Exception a été réalisé par Jacques Rivette et monté par Jean Eustache. A l’époque du tournage, Renoir avait accompli presque toute son œuvre et ne réaliserait plus qu’un seul film, Le Petit théâtre de Jean Renoir, avant sa mort en 1979. Rivette avait de son côté quitté depuis peu la direction des Cahiers du Cinéma et affrontait le scandale causé par son second film, La Religieuse, interdit par la censure.
Dans une salle de projection, Renoir visionne et commente des séquences de ses deux films les plus célèbres, La Règle du Jeu et La Marseillaise, en explique la genèse, et raconte les péripéties du tournage et du montage. Partiellement inspiré par Le Mariage de Figaro, La Règle du jeu était une tentative de réaliser une œuvre classique. « Je voulais montrer une société, un groupe de gens. J’étais même assez ambitieux : je voulais montrer toute une classe sociale ». A sa sortie, le film fut loin de recueillir le succès qu’il méritait et que la postérité a consacré.
DOXA est tout particulièrement fier de présenter pour ouvrir le programme FRENCH FRENCH ce chef-d’œuvre de la collection Cinéma, de notre temps. –DW
SAMEDI 2 MAI – 12h30 – SFU Woodward Building ENTREE LIBRE

Georges Franju, le Visionnaire
André S. Labarthe, France, 1997, 50mn

« J’aime les films qui me font rêver, mais je n’aime pas qu’on rêve à ma place ». Réaliste – parfois surréaliste –, Georges Franju était obsédé par le merveilleux, quand le rêve devient réalité.
André Labarthe a cousu ensemble six moments filmés avec le cinéaste entre 1964 et 1987, « comme une seule conversation qui aura duré 23 ans ». Franju y commente les violentes et somptueuses images de son premier court-métrage, Le Sang des bêtes, tourné en noir et blanc en 1948 dans les abattoirs. « Il n’y a rien que la vérité qui soit belle et par conséquent il n’y a rien que la vérité qui compte ». Puis celles de La Tête contre les murs, qui met en scène des aliénés dans des décors rassurants - « d’autant plus terribles et beaucoup plus émouvants ». Dans la grande salle de la Cinémathèque Française, il compare le cinéma de Delluc et celui d’Epstein. Explique pourquoi la couleur au cinéma a détruit les valeurs et les contrastes qui font toute la richesse des images noir et blanc de la pellicule orthochromatique. S’indigne du manque d’imagination et de la pauvreté des figures de style télévisuelles.
Avec des films comme Judex et Les Yeux sans visage, Franju est considéré comme un maître de l’angoisse et du film d’épouvante. C’est à la table de montage, dans une séquence tournée quelques semaines avant sa mort, qu’il montre plan par plan comment produire la peur, et comment le silence et l’attente engendrent l’angoisse qui génère à son tour le mystère. -TG

précédé de :

La Photo
André S. Labarthe, France, 2014, 15mn

A l’occasion de son centenaire, un hommage à Henri Langlois, fondateur de la Cinémathèque Française, autour d’une photo le représentant encadré de Rossellini et Renoir.
SAMEDI 2 MAI – 14h30 – SFU Woodward Building – ENTREE LIBRE


Alain Cavalier, 7 chapitres , 5 jours, 2 pièces-cuisine
Jean-Pierre Limosin, France, 1995, 58mn

Alain Cavalier a commencé sa carrière de cinéaste avec des célébrités comme Catherine Deneuve, Alain Delon et Romy Schneider. « Des films de maquillage », comme il les appelle aujourd’hui, alors que son cinéma est devenu plus égotiste et indiscutablement plus singulier. C’est dans le huis-clos du petit appartement où Cavalier vit et travaille que Jean-Pierre Limosin a tourné son film, cinq jours durant. Le cinéaste s’adresse directement à la caméra. Il parle vite, butant sur les mots avec cette diction si particulière, quand il s’efforce d’expliquer les forces qui animent son travail. Le ton est à la confession, souvent enthousiaste. Il fait remonter sa première expérience du transcendant à la découverte d’un visage de femme projeté sur un écran de cinéma, mais quand on lui a donné une camera, il n’a pas osé filmer une vraie personne. « J’ai filmé la maison de mon oncle », confesse-t-il.
Des caprices des actrices au drame qui transparaît dans un billet de 500 francs, tout est matière à récit pour Cavalier, mais certains éléments – les mains, les visages et (curieusement) les chouettes - reviennent avec constance. Pour résumer les étranges interconnections entre la vie et l’art, il déclare : « Je ne suis pas seul. Je reçois de l’aide. La réalité m’aide ». C’est une vieille photographie de Sainte Thérèse de Lisieux, prise par sa sœur, où son costume de Jeanne d’Arc est composé de papier de chocolat, qui lui inspira une scène de Thérèse, son film le plus célèbre. Dans toute son œuvre, le familier et le profond, le prosaïque et le divin se conjuguent, produisant des effets extatiques. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder le dernier film du cinéaste, le Paradis, également projeté à DOXA cette année. -DW
SAMEDI 2 MAI – 16h15 – SFU Woodward Building ENTREE LIBRE

Jacques Rivette, le veilleur I : Le jour
Claire Denis, France, 1990, 72mn

Claire Denis était encore au début de sa carrière de cinéaste quand elle réalisa ce film constitué de superbes plans séquences (l’image est signée Agnès Godard) où Jacques Rivette dialogue de manière très vivante avec Serge Daney (ancien critique des Cahiers du Cinéma et ancien Directeur de Libération). Les deux hommes déambulent et conversent dans les rues, les friches industrielles et les cafés de Paris qui ont inspirés la plupart des films du cinéaste. Abandonnant une réserve qui lui est naturelle, Rivette évoque les débuts des Cahiers du Cinéma et plus particulièrement la bande des quatre – Godard, Rohmer, Truffaut et lui-même - sous le patronage d’André Bazin, qui le premier développa une véritable « ontologie du cinéma ».
Avec une souriante gravité, Rivette compare la Nouvelle Vague aux Impressionnistes, qui avaient su eux aussi en leur temps nettoyer et renouveler le regard sur la réalité en profitant des simplifications de la technique. Par dessus tout, Rivette est habite par la passion de raconter des histoires. La curiosité reste pour lui la reine des vertus mais la pudeur et les scrupules à l’égard de toute intimité restent au cœur de sa pratique de cinéaste. Sa méthode de travail avec ses acteurs fétiches (Bulle Ogier, Jean-François Stévenin) s’appuie sur l’improvisation autour d’une structure de récit très ouverte. Chaque film reste ainsi pour lui « un petit complot positif » qui contribue à construire de par le monde « une société secrète de spectateurs ». -TG
LUNDI 4 MAI – 13h30 – SFU Woodward Building – ENTREE LIBRE

Eric Rohmer, preuves à l’appui
André S. Labarthe, France, 1996, 117mn

Ce film en deux parties démarre, non sans humour, en rappelant les trésors d’insistance qu’il a fallu déployer auprès du cinéaste pour le rendre possible. Rohmer n’accepta finalement qu’à la double condition qu’il soit réalisé par Labarthe lui-même (avec la collaboration du critique Jean Douchet)… et qu’il ne soit projeté qu’après sa mort !
La première scène du film semble faire allusion à ces difficultés où l’on découvre Labarthe dans un appartement vide s’échinant sur une vieille machine à écrire. Quand la caméra s’approche de lui, il s’arrête et fixe l’intrus d’un regard maléfique. Et quand finalement Rohmer entre en scène, il semble sur la défensive, presqu’agressif.
Filmé sur huit jours, l’entretien entre le cinéaste et le critique se développe à un train d’enfer. La discussion porte sur toute une série de thèmes, de l’influence de Beethoven à la politique des auteurs de la Nouvelle Vague. Une visite au pas de course des méthodes de travail du cinéaste : éviter les sons non-diégétiques, ne jamais couvrir un dialogue avec de la musique, suivre son instinct quand il s’agit de choisir ses interprètes. Le ton est tantôt clinique, tantôt passionné. Douchet a choisi la manière douce et avec quelques remarques, il pousse Rohmer dans ses retranchements sur ses manies et sa culture du secret. On sent bien que les deux hommes se sont déjà frottés l’un à l’autre Rohmer projette ses bouts d’essai en Super 8mm, feuillette ses vieux carnets, à la recherche de scènes tirées du Rayon vert ou de Pauline à la plage,. Sans aller jusqu’à constituer proprement une autobiographie, le film ménage de riches aperçus sur la théorie et la pratique du cinéma selon Rohmer. -DW
LUNDI 4 MAI – 15h30– SFU Woodward Building – ENTREE LIBRE

Mosso mosso (Jean Rouch comme si…)
Jean-André Fieschi, France, 1999, 73mn

« Faire comme si », c’est chez les Dogons du Mali que Jean Rouch a appris cette règle de vie qu’il aura appliquée tout au long de son oeuvre : « Faire comme si ce qu’on raconte était vrai et être ainsi plus près de la réalité » . Raconteur d’histoires et père du cinéma direct, considéré par la Nouvelle Vague comme l’un des leurs, Rouch était déjà octogénaire quand il décida de filmer La Vache merveilleuse avec une petite équipe nigérienne et ses deux amis Songhai de toujours, Damouré Zika et Talou. L’occasion pour son disciple et ami Jean-André Fieschi de filmer Rouch sur le terrain et de découvrir les secrets de ses méthodes de tournage, ce constant bricolage où l’improvisation et le hasard jouent un rôle essentiel et d’ou émergent des moments de pure grâce cinématographique.
Quand Rouch visse son fameux objectif 10mm, charge seul son magasin de pellicule 16mm, épaule sa caméra puis, assis sur un petit fauteuil, dirige ses acteurs durant la prise, le ton est d’emblée quichottesque. Et quand la main capricieuse du destin intervient, le film de Fieschi vire à la comédie : la vieille voiture refuse de démarrer, s’égare hors piste ou s’ensable dans le désert nigérien. Mais la magie s’empare du film lorsque Talou se met à chanter pour ses vaches à la tombée du soir au bord du grand fleuve Niger… -TG
LUNDI 4 MAI – 18h15 – SFU Woodward Building – ENTREE LIBRE

Où gît votre sourire enfoui ?
Pedro Costa, France, 2001, 70mn

Jean-Marie Straub et Danièle Huillet ont été longtemps considérés comme les rebelles du cinéma français. Engagés pour enseigner au Fresnoy, Studio national des arts contemporains, ils décident de monter devant leurs étudiants une troisième version de leur film Sicilia !, adapté du roman antifasciste d’Elio Vittorini. Avec la complicité du critique Thierry Lounas, le cinéaste portugais Pedro Costa saisit l’occasion : il installe dans leur salle de montage sa petite caméra et une lampe de lecture, la transformant en une véritable scène de théâtre. Chacun y joue son rôle : Danièle Huillet monte plan par plan le film, penchée sur l’écran de sa moviola, , tandis que Jean-Marie Straub commente en arpentant la salle de droite à gauche et mâchonnant son éternel cigare éteint. Il disparaît parfois pour fumer dans le couloir tout en poursuivant ses tirades. « Straub la porte ! » ou « Silence, Straub ! », intime Danièle Huillet, qui cherche ses raccords en marche avant et arrière, plongeant à chaque fois la salle dans l’obscurité.
« C’est le meilleur film qui ait jamais été fait sur le cinéma et le montage », écrivit Godard à propos du film de Pedro Costa. On y découvrira la vraie complicité d’un couple, leur travail à deux et leurs conceptions sans concession ni compromis concernant le 7ème art. -TG
MERCREDI 6 MAI – 17h – PACIFIC CINEMATHEQUE

 
 

Nouveau travail documentaire

7 documentaires français récents, sortis au cinéma en France en 2014 et souvent déjà primés dans des festivals internationaux.
7 films d’auteur, réalisés par des cinéastes avec une « écriture » spécifique et singulière

Géographie humaine
Claire Simon, France, 2013, 101mn

"La Gare du Nord...", gronde la voix de Claire Simon en guise d’introduction à son film sur l’une des plus célèbres gares du monde, avant de reconnaître qu’il faut être au moins deux pour comprendre un tel lieu. Par chance son ami Simon Merabet est disponible et vient lui prêter main-forte dans sa tentative de saisir l’esprit et l’essence de ce carrefour ferroviaire légendaire. Chaque jour, des milliers de personne traversent la gare pour aller au travail ou pour leurs loisirs. Certains viennent simplement pour y flâner. Ce lieu où se croisent exilés et exclus, travailleurs et voyageurs, flics et voyous, c’est la France même, jusque dans ses pierres angulaires qui portent toutes gravé le mot "Nord".
Depuis la fameuse panique provoquée par les Frères Lumiere avec leur "Arrivée d’un train en gare de La Ciotat", le cinéma et les trains ont souvent curieusement fait bon ménage. C’est qu’ils introduisent tous les deux à des experiences fugaces et fragmentaires. Avec ses bonnes manières et son grand manteau, Simon Mérabet engage la conversation avec toute une série de personnes. Certains sont trop contents de bavarder un brin tandis que d’autres répondent par dessus leur épaule en filant pour ne pas rater leur train. Les uns racontent des histoires d’amour perdu, de rêves déçus, d’espoir retrouvé, les autres ce qu’ils portaient à leur dîner de la veille. Une "dame-pipi" raconte l’histoire de ce drogué et de son chien qui se sont fait tuer sur les voies, juste aprés qu’il lui a dit : "vous ne me reverrez plus ici"."Incroyable", se murmure-t-elle à elle-même. Le mouvement est constant et les groupes de corps semblent des bancs de poissons entraînés par d’invisibles courants. Le ronronnement continu des annonces dans les hauts-parleurs ponctue cette cataracte de sons. Dans les moments de calme, Claire et Simon partagent leurs histoires et leur propre mémoire, ajoutant à cette symphonie de jazz qu’est la Gare du Nord. –DW
SAMEDI 2 MAI- 18h - SFU Woodward Building

La France est notre patrie
Rithy Panh, France/Cambodge, 2014, 75mn

A qui souhaite découvrir le colonialisme à l’oeuvre sous ses couleurs les plus brutales, le dernier film de Rithy Panh offre de belles perspectives. Magistralement monté, le film combine sans commentaire des images d’archives de l’Indochine, avec leurs intertitres d’époque, depuis les premières années de l’occupation française - un âge d’or plein de promesses où les femmes en crinoline et grands chapeaux jettent des bonbons aux enfants des indigènes tandis que les grands bateaux à vapeur pavoisés de drapeaux tricolores leur apportent à domicile la civilisation française.
C’est de la juxtaposition de ses images d’archives que le film tire sa plus grande force. Dans une séquence on présente les marins français avec leurs « petites femmes », de jeunes Cambodgiennes qui pouffent, gênées dans leurs sous-vêtements. Puis un prêtre catholique officie dans une cérémonie d’adieu. Ce qui se révèle ainsi au spectateur, c’est comment le cinéma lui-même contrôle et construit le sens. La camera épingle les gens comme un collectionneur ses insectes. En reprenant ces images et en subvertissant leur intention initiale, le réalisateur rend explicite la machine d’oppression.
Tous les empires finissent dans des bains de sang, Le cas du Cambodge de manière particulièrement horrible. Sous la construction raffinée du film, on sent qu’une furie va se déchaîner jusqu’à sa conclusion inévitable. La France est notre patrie constitue un essai critique impressionnant qui vient s’inscrire dans l’œuvre essentielle entreprise par Rithy Panh sur la tragédie cambodgienne. –DW
SAMEDI 2 MAI – 20h – SFU Woodward Building

Spartacus & Cassandra
Ioanis Nuguet, France, 2014, 80mn

Au début du film de Ioanis Nuguet, Spartacus (13 ans) et sa soeur Cassandra (11 ans) vivent dans la rue avec leurs parents Roms. Au fil des années, la situation n’a cessé d’empirer lentement jusqu’à ce que les autorités françaises interviennent. La décision de retirer aux parents la garde des enfants et de les placer dans une famille d’accueil n’est facile pour personne. Leur mère semble atteinte de troubles mentaux tandis que leur pére est un ivrogne souvent violent. Aucun des deux n’est capable de s’occuper de leurs enfants. La seule lueur d’espoir, c’est une jeune trapéziste prénommée Camille, qui a accepté de tenir le rôle de parent et de prendre soin d’eux. Et on se dit qu’ils ne pouvaient pas mieux tomber. Un sacré bout de femme qui ne se laisse pas embrouiller. Camille semble avoir une compréhension innée que pour grandir, il faut savoir prendre à bras le corps la réalité. Qu’elle harcèle Spartacus pour qu’il fasse ses devoirs et se couche de bonne heure ou qu’elle organise une fête d’anniversaire pour Cassandra, elle sait maintenir ce juste et délicat équilibre de l’autorité parentale. Et l’entraînement qu’elle doit pratiquer pour son cirque se révèle bien utile ! Quand une nouvelle vie s’offre pour Camille et les gamins, avec la possibilité d’emménager dans une vieille maison à la campagne, on retient son souffle en souhaitant que tout se passe bien pour chacun. Mais tandis que les deux enfants ont fini par accepter leur changement de vie, celle de leurs parents continue de se dégrader. Il est clair que Spartacus commence à comprendre dans toutes ses dimensions les forces en présence quand il déclare sans équivoque que le fait que ses parents poursuivent une vie de misère et d’abjection est quelque chose qu’il ne peut accepter. Pourtant, dans la dernière scène du film, retentit un espoir pour le futur. –DW
LUNDI 4 MAI – 20h15 – Vancity Theatre

Je suis le peuple
Anna Roussillon, France, 2014, 111mn

« Arrête de filmer ce triste spectacle ! » dit une femme assise jambes croisées dans une ferme de la campagne égyptienne, avant d’éclater de rire. La cinéaste réplique avec verve. « Elle pourrait figurer dans une campagne contre la faim… en Somalie », taquine un homme survenant en moto.. Un rire lui répond de derrière la caméra. Puis les deux femmes poursuivent cette conversation qui trahit la mutuelle confiance qui les lie. En pénétrant dans l ‘univers de Je suis le peuple, on se sent d’emblée comme chez soi. Dans cette famille très unie de paysans, les enfants s’insultent joyeusement en se disputant la télécommande de la télévision : « La mort sur toi, mon frère ». Les parents lisent les journaux et commentent les nouvelles avec leurs voisins. C’est que de grands événements sont en cours, qu’ils découvrent aux informations du soir : la Révolution égyptienne a éclaté ! La réalisatrice a délibérément choisi de la laisser constamment en arrière-plan. Les travaux de la ferme se poursuivent, quoiqu’il se passe au Caire. Semer, moissonner, acheter un nouveau moulin à grains représentent des événements plus importants que ceux qui agitent la population de la lointaine capitale. Chacun des membres de la famille est un vrai personnage, mais on voit bien que la cinéaste Ana Roussillon et Farraj, le père de famille ont une relation plus profonde. Leurs conversations où ils échangent des réflexions constituent le cœur même du film. Anna a passé trois ans à filmer cette famille dont elle semble être devenue un membre à part entière. Quant une panne de courant interrompt brutalement le discours du général Al Sisi qui a pris la tête du pays, tout le monde éclate de rire. La vie continue. –DW
JEUDI 7 MAI – 18h - Vancity Theatre

Austerlitz
Stan Neumann, France, 2014, 90mn

« Vous achetez un livre. Vous ne savez pas vraiment pourquoi. Il traîne dans un coin et puis un jour vous l’ouvrez sans y penser. Et voilà, vous vous retrouvez en face de vos secrets les plus intimes »
Ainsi commence l’adaptation cinématographique d’Austerlitz, le roman documentaire de W.G.Sebald, réalisée par Stan Neumann. C’est sous les voûtes majestueuses de la gare d’Anvers que le voyage démarre avec Denis Lavant (le comédien d’Holy Motors) qui s’adresse directement à la camera pour partager ses réflexions sur la curieuse nature secrète des gares. Un début hardi, étonnant et charmant. Et comme le narrateur du livre vous vous embarquez a la suite de Lavant pour un périple à travers l’Europe et ses grands bâtiments, les hôtels desaffectés et les colonnades aux fenêtres détruites. Le prochain arrêt c’est le Palais de Justice de Bruxelles, dont la construction fut si rapide qu’elle échappa à tout contrôle, laissant des corridors sans issue. Du Pays de Galles à Prague, de Londres à Paris, avec un interlude a Marienbad, le film suit le fil du roman où les lignes de récit s’entrecroisent puis convergent, émaillées de temps en temps de digressions ou de bizarres assertions sur la vie secrete des mites ou la nature profonde des photographies. Au cours de ces pérégrinations, un doute commence à poindre. Des détails empruntés à d’autres textes et d’autres écrivains comme Kafka, Walter Benjamin et Wittgenstein semblent utilisés à sa guise par le narrateur. Où est le vrai et où commence la fiction ? De qui s’agit-il dans cette histoire ? Alors que les voix du cinéaste, du narrateur et des personnages se fondent et se combinent, on est saisi par le besoin compulsif de comprendre. Au cœur de l’histoire, on trouvera le ghetto de Prague, à Theresienstadt, et un secret d’enfance longtemps enfoui. –DW
MERCREDI 6 MAI – 18h45 – Pacific Cinemathèque

Le Paradis
Alain Cavalier, France, 2014, 71mn

A 83 ans, Alain Cavalier compte désormais au rang des grands anciens du cinéma. Mais le dernier de ses fil,s est d’une fraîcheur aussi lumineuse qu’un jour d’été en Provence. Et c’est là, d’ailleurs, que commence le film, dans la maison de campagne de Cavalier où un paon et son poussin nouveau-né se frayent un chemin au milieu des herbes folles du jardin. Ainsi commence un voyage à travers la vie et la mort, la foi et la mythologie, l’image et la réalité. C’est Cavalier lui-même qui raconte l’histoire et sa voix pénétrante s’insinue dans votre oreille. Plusieurs histoires, en fait… depuis celle d’Adam et Eve jusqu’au panthéon des Dieux de l’Olympe, en passant par Jésus et ses disciples préparant le dernier repas – du sérieux car c’est toute la culture occidentale. Mais n’ayez pas peur, c’est avec un humour délicieux et une délicate légèreté que le film traite des questions les plus graves. Depuis l’histoire de Dieu et du Diable qui se chamaille avec sa femme sur la meilleure manière de casser ce pauvre vieux Job, jusqu’à ces torrides ébats sexuels entre deux jouets à ressort, c’est une curieuse alchimie de minutie et de profondeur qui nous propulse dans quelque chose de finalement transcendant. Filmée en gros plan très intenses dans la tradition bressonienne, la situation la plus prosaïque – un rollmops reluisant sur une assiette blanche, une hostie de communiante délicatement posée sur une feuille ravissante – manifeste une présence cachée. Il serait tentant de la dire divine, mais c’est aussi la gloire du cinéma de nous faire voir, je veux dire vraiment voir, ce que la pellicule a saisi. La vie juste en face de nous. –DW
JEUDI 7 MAI – 18h – Vancity Theatre

Of Men and War
Laurent Bécue-Renard, France/Suisse, 2014, 142mn

La réalité de la vie d’un soldat, une fois les missions de combat terminées, tel est le sujet du film extraordinaire de Laurent Bécue-Renard. Filmé au long de cinq années, Of Men and War est, sur le terrain, intégré à un groupe de participants à un programme de thérapie au Pathway Home, une institution pour vétérans soufftant de stress post-traumatique. Dans une série de séances de groupe, les hommes parlent de leur expérience. Les histoires sont si douloureuses que la réaction est proprement viscérale et un jeune homme ne parvient pas à réprimer ses hauts-le-coeur quand il raconte avoir vu son meilleur ami frappé d’une balle dans le cou. Tout au long de leurs échanges, les hommes cachent leurs yeux derrière des lunettes noires ou la visière de leur casquette de baseball. Mais quand ils laissent tomber les postures viriles et le jargon militaire, c’est l’horreur crue de ce qu’ils ont enduré qui resurgit dans des confessions douloureuses souvent ponctuées d’éclats violents. Les parents, les enfants et les épouses restent impuissants à comprendre ce qu’ont subi ces hommes qu’ils croyaient connaître. Réalisé avec un engagement rigoureux et une longue patience, le film accompagne au fil du temps les différents membres du groupe. Lentement, presqu’imperceptiblement, ces hommes renfermés et souvent antipathiques se muent sous nos yeux en individus fragiles et vulnérables. Ce travail de reconstruction pour donner un sens à leur existence s’accompagne de scènes de diners de famille, de marches et même d’une partie de bowling. Traitant d’un pays qui revendique la valeur de ses soldats, où la violence débridée d’American Sniper est saluée comme un chef d’oeuvre, Of Men and War est un film à découvrir, un film nécessaire et important. –DW
VENDREDI 8 MAI - 18h – Vancity Theatre

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