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REGARD- "Boire un p'tit coup..."

05 avril 2016 | By francecanadaculture Moncton

En 1920, les Etats-Unis font passer le Volstead Act par lequel la Prohibition prend effet. Désormais la production, la vente et la consommation d’alcool sont strictement bannis (au moins en théorie)

A cette même époque, Saint-Pierre-et-Miquelon  compte 5 000 habitants et vit modestement de pêche à la morue. A peine plus de 1 000 kilomètres séparent l’archipel des côtes américaines. La prohibition sévit aux Etats-Unis mais pas à Saint-Pierre. L’archipel deviendra donc la plus importante plaque tournante du trafic d’alcool pendant la prohibition…

En 1923, 350 000 caisses d’alcool transitent par l’île chaque mois. Soit 5 millions de bouteilles de champagne dans l’année. Les journaux américains surnomment l’archipel « l’île du champagne » ou encore « le paradis du Rhum ». Pendant dix ans, elle va servir de base aux contrebandiers et autres gangster américains.

Les contrebandiers y amarrent leurs goélettes, rebaptisées pour l'occasion rum-runners. Les pêcheurs se transforment en dockers et en transporteurs. Les bateaux sont équipés de moteurs d’avion, de machines à fumée et de systèmes de communications cryptées, afin de semer les gardes côtes américains. Les pêcheries reconverties en entrepôts, les patrons deviennent courtiers… .

Les gangsters américains débarquent régulièrement à Saint Pierre, y envoient leurs émissaires, négocient les prix et font la fête. Partout ailleurs, ils sont craints mais à Saint Pierre, ce sont les rois. Ils dépensent sans compter, distribuent des sous aux enfants et font tourner les bars toutes les nuits. Al Capone y fait une visite et y passe la nuit à l’hôtel Robert. Bugs Moran, de la bande O’Banion, y a ses habitudes.

En 1933, sous la pression du peuple américain, la prohibition prend fin. Avec la levée de l’interdiction, les Etats-Unis peuvent de nouveau produire et consommer de l’alcool. Saint Pierre sombre. Les entrepôts ferment, les bateaux quittent les lieux, les bars se vident… Jamais l’île ne retrouvera pareille prospérité. Elle reprend le chemin de la pêche.

Aujourd’hui encore, l’île garde les traces de son passé. A l’époque, les bouteilles arrivent dans des caisses de bois, mais repartent le plus souvent dans des sacs de toile de jute afin d’étouffer le bruit à l’approche des côtes américaines. Les caisses vides servaient alors au chauffage, d’autres à la construction. Ainsi, la Villa Cutty Sark a été entièrement construite de caisses bois dans lesquelles étaient livrées les bouteilles d’alcool.

D’autres firent plus tard d’étonnantes découvertes. Alors que  Philippe Paturel entreprenait des travaux de rénovation dans sa maison, il découvre… un baril de rhum ! Planqué dans sa cave depuis des décennies. Il met sur le champ son contenu en bouteille : « nous n’avons jamais bu un rhum si bon ». Lorsqu’il s’attaque au papier peint du grenier, il découvre à sa grande surprise, que la plupart des murs sont recouverts de lattes de bois provenant toutes de caisses d’alcool. Il est vrai que son grand-père était l’un des grands noms de l’import-export dans les années 1920…

Le saviez-vous ? Le chapeau d’Al Capone est toujours exposé sur l’île.

Librement inspiré de: http://alhemax-au-gre-du-vent.over-blog.com/article-la-prohibition-et-sa...

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