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REGARD- L’empreinte basque à Saint-Pierre-et-Miquelon

02 fvrier 2016 | By francecanadaculture Moncton
Fête Basque

Article largement inspiré par les travaux de M. Marc Albert Cormier, conseiller consulaire.*

Fantasmé et très peu rêvé,  Saint-Pierre-et-Miquelon  archipel des improbables, n’a pas fini de vous surprendre. Aux portes de l’Amérique  on y découvre notamment une communauté basque bien vivante. Ils ne sont ni les premiers à s’y être installés, ni les plus nombreux  sur l’archipel. Ils ne parlent plus la langue de leurs ancêtres, mais leurs noms résonnent encore dans les Pyrénées. Malgré des milliers de kilomètres de distance et une séparation de plusieurs centaines d’années, un fil invisible continue à lier les descendants de ces marins basques à leur terre natale ; même l’architecture de certains bâtiments rappelle cette vieille culture européenne.

La première référence à l’île de Miquelon, « le pertuis de Micquetö », nous vient cependant de Martin de Hoyarçabal en 1579, un marin basque. Ceci permet d’émettre l’hypothèse que le nom de l’île, également appelée Miclon et Miquelu, viendrait du basque (Michel). Hoyarçabal venait de  la ville portuaire de Ciboure dans la province basque française du Labourd. Beaucoup des Basques installés à Saint-Pierre-et-Miquelon étant marins, on ne s’étonnera pas que la majorité d’entre eux viennent de cette même province située en bordure de l’Atlantique. Samuel de Champlain, portera sur une carte la mention «  île aux basques » à côté de l’île Miquelon-Langlade en 1612 et « pot aux basques » sur un autre document.

Bien que les Basques, pendant plusieurs siècles, aient fréquenté l’archipel pendant leurs campagnes de chasse à la baleine, la grande vague de migration se produisit au XIXe siècle. Cette remarque vaut du reste également pour les Bretons et les Normands puisque, rappelons-le, l’installation d’une population pérenne avait été compromise par la déportation à quatre reprises des Saints-Pierrais-et-Miquelonnais au cours des conflits qui ont opposé l’Angleterre et la France.

Les Basques, ont vite adopté le français car c’était la langue commune à tous les habitants, mais ont cependant conservé de nombreuses traditions culturelles :

– Leurs noms de famille, même francisés, sont le reflet d’une langue totalement différente du français : par exemple Hiriribarren et Etcheberry.

– La cathédrale de Saint-Pierre : reconstruite entre 1905 et 1907 après un incendie, se caractérise par son architecture intérieure typique des églises basques.

– A Saint-Pierre, la pelote basque est une religion : tous les samedis après-midi d'été, la balle frappe d'un bruit sec le fronton rouge, le Zazpiak-Bat, construit en 1906, place Richard Briand. Les joueurs s'y entraînent à la chistera (un gant d'osier) ou à la palancha (une raquette de bois). Ce Fronton Zazpiak Bat, le plus ancien d’Amérique du Nord est  une présence culturelle pour le moins insolite. Son nom, Zazpiak Bat, Sept font Un, rappelle une revendication ancestrale : la réunion en un seul pays des sept provinces basques dont trois se trouvent en France et quatre en Espagne.

-Le point central de l’été, c’est la Fête Basque qui a lieu la 3ème semaine du mois d’août. Durant cette semaine, s’enchaînent des parties de pelota, des animations par des musiciens venant du Pays Basque mais aussi des démonstrations de jeux typiquement basques comme le lever de pierre, harrijasotzaile,  le lever d’enclume ou encore le sciage de troncs,...

-Vous aurez également remarqué a présence du drapeau basque en haut à gauche des armoiries de l’archipel.

-Et pour finir un petit bonus littéraire… On retrouve même la présence des Basques de Saint-Pierre-et-Miquelon  dans la littérature américaine du début du XXème siècle:

"I returned along the road with a gleam of bright sunlight falling over my shoulder. At a farm I observed an old man with huge trousers of meal sacking, engaged in sawing wood with a bucksaw which he held between his knees, rubbing the stick up and down on the teeth. The old man’s red sash told me he was a Basque. He invited me to inspect his pigs, hens and cows, but they did not interest me as much as the Basque himself. His wrinkled face, bright eyes, and sweeping mustaches would have warmed a painter’s heart. He was a very voluble old fellow, and for half an hour he told me words and phrases in the mysterious and little-known Basque tongue. No foreigner, I believe, has ever learned to speak it well, and one must be born a Basque to fathom its complexities. Sailors claim the only outsider who has ever learned Basque is the Old Boy himself. After I chatted pleasantly with the man from the Pyrenees, I bade him good-by and returned to the heights overlooking drowsy St. Pierre." George A. England Isles of Romance.

*Sources de l'article: 

La question de l’origine du toponyme Miquelon ayant été publiée en janvier 1997 dans le Northern Mariner, publication de la Société canadienne pour la recherche nautique. Source: http://www.cnrs-scrn.org/northern_mariner/vol07/tnm_7_1_29-44.pdf

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