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Entretien avec Alain Dubos

27 juillet 2014 | By francecanadaculture Canada

Pouvez-vous nous parler du message que vous avez voulu faire passer au travers de cette pièce historique?

Le message est simple : il est courant d'entendre que la France a purement et simplement abandonné ses colonies d'Amérique. Certes, elle s'en est retirée, d'Acadie sur le tapis vert, du futur Québec par la force des armes. Louis XV a bien envoyé une escadre pour reprendre Louisbourg et l'Acadie, hélas, elle s'est perdue dans les tempêtes. Cela étant, l'état du royaume, aussi bien en 1710 qu'en 1760, est lamentable. Comme son arrière grand-père Louis XIV, Louis XV va laisser une France ruinée par les guerres. Le pays est en proie aux crises sociales annonçant la Révolution. Criblé de dettes, miné par des scandales financiers.

La Guerre de 7 ans est un désastre militaire. Flottes dispersées, défaites sur terre, Prussiens sur le Rhin et Anglais à Belle-Isle en Mer. Dans ces conditions, le Traité de Paris est un pis-aller qui préserve la France de l'invasion. Dès lors, il devient impossible de conserver l'ensemble des colonies. Il faut choisir, et ce seront les Antilles au détriment du Canada.

Vous êtes romancier, qu'est-ce qui vous a amené à écrire une pièce de théâtre?

L'idée était de rassembler Français et Acadiens dans une fiction vivante, et très fidèle à l'histoire. Le théâtre, par son instantanéité, permet ce genre de rapprochements.

Un dialogue est possible entre gens que sépare un océan. Les Acadiens clament leur détresse, à Versailles, on entend mais on ne peut pas faire grand chose. Les événements s'enchaînent, implacables, et l'on comprend quels en sont les ressorts profonds.

Vous avez vu la pièce au monument Lefebvre à Memramcook qui été donnée devant un public acadien, les réactions ont-elles été celles que vous attendiez ?

Oui. beaucoup d'émotion, mais aussi le recul sur les événements en question. Et une révélation, pour beaucoup de spectateurs : la France a bien essayé de garder son Amérique, mais seule ou presque contre les puissances européennes, elle ne pouvait tenir.

Quant au Roi, il tenait vraiment au Canada, et désirait reprendre l'Acadie. Concernant la pièce elle-même, le bouche-à-oreille très positif nous a permis de jouer devant un public de plus en plus nombreux. Ce fut là vraiment notre récompense, doublée d'une tournée prévue pour Août 2014. Je pense que l'on peut nommer ça, sans fausse modestie : réussite.

Cette pièce vous a-t-elle donné envie d'en écrire une autre ?

Oui. mais inscrite dans notre époque cette fois. Je pense avoir trouvé le "truc" pour faire coexister sur scène des Français et des Acadiens. Ce sera sans doute une comédie de situations, mais avec en maints endroits la gravité que donne la mémoire du passé."

C'était aussi la première fois que vous montiez sur scène, qu'avez-vous pensé de cette expérience?

J'ai fait pas mal de choses dans ma vie. Certaines, réputées inquiétantes comme par exemple l'aventure humanitaire en conditions extrêmes, ne m'ont pas autant noué que celle-là ! Mais j'étais bien entouré, et puis, il arrive de toute façon un moment où comme on dit, "faut y aller". Alors, autant le faire dans un élan de survie immédiate. Ca vous tient en éveil. De toute façon, il ne faut pas oublier le paramètre "amusement". On joue, n'est ce pas. Le mot est explicite."

(09/04/2014)

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