L’émotion était tangible sur le visage de la foule présente ce lundi 15 avril sur les ponts de Paris aux abords de la Cathédrale, dans les rues adjacentes, sur le parvis du Sacré Cœur à
Montmartre. Les passants voyaient une partie de leur patrimoine brûler. On pouvait alors se rendre compte de l’importance qu’a la cathédrale Notre-Dame dans l’imaginaire collectif des
parisiens, des français, et au vue des nombreuses réactions sur les réseaux sociaux ce soir là, du monde entier.

Grâce au travail des pompiers, une partie de la structure et la quasi totalité des œuvres d’arts et des reliques présentes au sein de l’édifice ont pu être sauvées des flammes. Celles abîmées
seront restaurées dans les ateliers du musée du Louvre. La première pierre de l’édifice fût posée par Charlemagne et la dernière deux siècle plus tard par Philippe Auguste en 1345. Ce miracle gothique qui associe finesse ornementale et avancée technique, permettant de pousser la façade plus haut encore, a une place particulière dans le cœur des français et des visiteurs. Peut être parce que toutes les distances kilométriques de France partent de là. Peut-être également parce que le monument a pu survivre à toutes les périodes. Préservée globalement par la Révolution française qui n’y décrocha que les bustes des rois qui y étaient exposés. Épargnée par la seconde guerre mondiale. Cette tragédie est l’occasion de revenir sur la place qu’a ce monument dans la culture française et mondiale.

Les représentations de Notre-Dame de Paris sont si nombreuses qu’il serait impossible d’être exhaustif. Voici une sélection de livres, peintures, films, dessins-animés, comédies musicales,
qui ont contribué à donner à ce monument une aura artistique.

Comment ne pas commencer par Notre-Dame de Paris de Victor Hugo publié en 1831 par l’éditeur Charles Gosselin. Ce roman historique livre, sous fond de passions amoureuses aux
fins diverses mais toutes tragiques, des descriptions merveilleuses de la Cathédrale « sorte de création humaine, en un mot, puissante et féconde comme la création divine dont elle semble
avoir dérobé le double caractère : variété, éternité». Une page retient l’attention après l’incendie du 15 avril dernier, celle décrivant l’assaut du bâtiment par la cour des Miracles à la
fin du roman. « Tous les yeux s’étaient levés vers le haut de l’église. Ce qu’ils voyaient était extraordinaire. Sur le sommet de la galerie la plus élevée, plus haut que la rosace centrale, il y
avait une grande flamme qui montait entre les deux clochers avec des tourbillons d’étincelles, une grande flamme désordonnée et furieuse dont le vent emportait par moments un lambeau
dans la fumée. »
L’œuvre d’Hugo a été adaptée au cinéma plus d’une dizaine de fois. La plus notable étant probablement celle réalisée par Jean Delannoy en 1956 sur un scénario de Jean Aurenche et
du poète Jacques Prévert, avec en tête d’affiche Gina Lollobrigida et Anthony Quinn. Les adaptations musicales, télévisuelles, théâtrales sont également nombreuses, signe de
l’influence qu’a eu cette œuvre sur la culture mondiale jusqu’à aujourd’hui. Les studios Disney, par exemple, s’en inspirant librement pour le dessin-animé Le Bossu de Notre-Dame sorti en
1996.
Autre signe de son inépuisable popularité, le livre était au lendemain de l’incendie en tête des ventes sur le site Amazon en France.

En poésie, le Notre-Dame de Paris de Gérard de Nerval dans le recueil les Odelettes paru en 1853 loue la longévité de la cathédrale qui « est bien veille : on la verra peut-être enterrer
cependant Paris qu’elle a vu naître » dit-il.
Le monument a marqué par sa beauté bien des artistes qui l’ont approchée. Encore aujourd’hui elle inspire les auteurs, sa façade Est, la moins connue, avec ses arcades de pierre qui
tombent vers la Seine sont décrits longuement par Yannick Haenel dans son livre Cercles paru chez Gallimard en 2007. L’ascension de ses marches ont été salvatrice pour l’auteur féru
d’escalade Sylvain Tesson, qui vit lorsqu’il est à Paris « sous le commandement des tours de Notre-Dame » pour reprendre les mots de Charles Péguy. Les ascensions physiques des tours
aussi bien que spirituelles lui permirent d’accélérer sa rééducation. Il le raconte dans son livre, une très légère oscillation sorti en 2017.

En musique, on peut se souvenir de la chanson d’Edith Piaf en 1952 « Dans le Paris de Notre-Dame… » où celle-ci nous fait visiter Paris depuis la Cathédrale, centre géographique et
historique de toute la capitale. Léo Ferré avec Les cloches Notre-Dame tente de réveiller la Cathédrale et de la faire sortir de ses habitudes, de sonner à n’importe quelle heure pour « faire peur aux imbéciles ».
Sans oublier la comédie musicale Notre-Dame de Paris de Luc Plamondon et Richard Cocciante avec notamment Hélène Ségara et Garou qui a aussi participé au rayonnement international de
la Cathédrale au début des années 2000 puisqu’elle a été jouée dans 20 pays et adaptée en 9 langues.

En peinture, on peut citer le tableau Le Sacre de Napoléon, de Jacques-Louis David, peintre officiel de l’Empereur, qu’il a réalisé entre 1804 et 1805. La toile met en scène la cérémonie du
couronnement de Napoléon Ier et de l‘impératrice Joséphine le 2 décembre 1804. L’immense toile (10 mètres sur 6) est exposée au Musée du Louvre. Napoléon réagira avec impression
quand il découvrira le tableau : « Que c’est grand ! Que c’est beau ! Quel relief ont tous ces ornements ! Quelle vérité ! Ce n’est pas une peinture. On vit, on marche, on parle dans ce
tableau ».
Henri Matisse la peindra deux fois. Notre-Dame en 1900 conservé à la Tate de Londres, puis Vue de Notre-Dame en 1914 conservé au MOMA à New-York. Sa simplification des lignes de la
Cathédrale accentue encore l’emprise qu’elle a sur Paris.

Les sculptures d’animaux et de chimères recréées par l’architecte Eugène Viollet-le-Duc lors de la restauration de l’édifice au milieu du XIXème siècle ont inspiré de nombreuses expressions
artistiques. La flèche qui comportait 16 statues représentant les douze apôtres et les quatre évangélistes s’est écroulée dans l’incendie. Mais ces statues avaient été décrochées trois jours
avant l’incendie pour être restaurées.
Marc Chagall peindra en 1953 Le Monstre de Notre-Dame, qui représente une gargouille et un coq géants au sommet de la cathédrale. Vision cauchemardesque, cette toile est aussi
l’expression de ce que Notre-Dame peut inspirer Elle marque par sa beauté et la finesse de ses ornements, mais peut impressionner et faire peur quand on s’approche. Les gargouilles qui
ponctuent sa façade, gardiennes de l’édifice contre les démons et les pécheurs ont une esthétique effrayante.

Les jeux vidéos se sont également emparés de Notre-Dame. Assassin’s Creed Unity sorti en 2014 permettait de grimper en haut des tours et de la flèche afin d’y admirer le Paris de la
Révolution. Deux années avaient été nécessaires pour modéliser la cathédrale. Les jeux Civilisations IV et V considèrent Notre-Dame comme une « merveille » offrant des
avantages au premier joueur qui la construit dans la partie.

Des Opéras, des bande-dessinées, d’innombrables films et romans se servent de la Cathédrale et de son parvis afin d’y faire dérouler leurs intrigues. Merveille architecturale, lieu historique
intemporel, Notre-Dame de Paris a une place à part dans le cœur de tout ceux qui l’ont croisé. Chacun a un souvenir associé à la cathédrale, une photo prise devant, le goût d’une glace
dégustée en l’admirant. Elle est source d’inspiration et sa récente destruction partielle ne sera qu’un évènement qui ouvrira une nouvelle étape de sa longue vie et inspirera encore des
générations d’artistes du monde entier.