En cette période où notre mobilité est tant mise à l’épreuve, vous rêvez sans doute d’évasion. Pourquoi ne pas partir pour la Provence, son soleil, ses parfums et ses chants de cigale ? Pourquoi ne pas déambuler dans la merveille architecturale qu’est la cité des papes, Avignon ? Pourquoi ne pas de se délecter du plus grand festival de théâtre et de spectacle vivant au monde ? Voici le merveilleux cocktail que nous voulons vous faire découvrir au fil de ces quelques lignes.

Le Festival d’Avignon a célébré il y a trois ans ses soixante-dix ans (fondé en 1947 par Jean Vilar) et ses fondateurs seraient sans nul doute étonnés de l’engouement qui porte encore de nos jours ce festival. Le Festival d’Avignon est considéré être le plus ancien de France et sans aucune hésitation le plus célèbre !
La 74ème édition devait se dérouler cette année du 3 au 23 juillet 2020.

Lors de sa première édition du 4 au 10 septembre 1947 et après maintes tractations avec la ville, ce sont 3 créations qui sont joués devant presque 5000 spectateurs :

  • La Tragédie du roi Richard II, de Shakespeare,
  • une pièce méconnue en France, La Terrasse de midi, de Maurice Clavel, auteur alors encore inconnu,
  • etL’Histoire de Tobie et de Sara, de Paul Claudel.

Cette semaine d’art en Avignon eut un certain succès et chaque année ensuite le festival continua de grossir, en nombre de spectacles et représentations ainsi qu’en nombre de visiteurs.
C’est dans la célèbre cité des papes que le festival prend place au début. La cour d’honneur du palais offre au festival un décor solennel où des œuvres plus ou moins classiques prennent vie parmi les pierres témoignant du glorieux passé de la ville.
Bien que le Festival au départ s’adressait plutôt aux grands passionnés de Molière, de Corneille, en tous cas des « classiques » du théâtre français, il a en revanche évolué en même temps que le théâtre lui-même. Ce festival a aussi eu vocation à ouvrir la culture à des publics variés.

Ainsi en 1966, commence en parallèle du Festival officiel (In) un festival non officiel et indépendant (off) instigué par le Théâtre des Carmes pour refléter la diversité et la créativité en dehors des institutions « classiques ». Ce festival Off s’immiscera dans le festival In, en particulier en 1968, suite aux mouvements de mai et les manifestations et débats et tensions ne manqueront pas cette année là pendant le festival.

Dans les années 80, le Festival voit une grande restructuration administrative, juridique et financière, orchestrée par son nouveau directeur Bernard Faivre d’Acier. Ces reformes permettront une grande professionnalisation du festival ainsi qu’une ouverture à l’international.
Durant les vingt dernières années, le festival a continué son ouverture sous la direction d’Hortense Archambault et Vincent Baudriller, puis Olivier Py. L’objectif est de permettre de donner au plus grand festival de France l’opportunité de briller en tant que lieu de découverte culturelle pour tous les publics. Il veut transcender les frontières nationales mais aussi sociales. Il permet de donner à la fois un aspect plus familier aux pièces habituellement jouées à la Comédie française mais aussi de donner une chance à des artistes talentueux d’exercer leur talent et d’apporter une nouvelle vigueur aux arts de la scène.

De nos jours le festival attire plus de 130 000 visiteurs et 500 journalistes pour le couvrir. S’y jouent une cinquantaine de spectacles et plus de 250 représentations officielles sur une vingtaine de lieux. Le festival réunit plus de 3500 professionnels du monde du spectacle venant du monde entier pour se rencontrer et discuter des politiques culturelles et des arts de la scène.

Le budget du Festival était de 13 millions d’euros en 2019 et provient à 57% de l’état (ministère de la culture, région, département et ville) et 43% de recettes propres (billetterie, mécénats…).

Parallèlement le festival Off s’étale dans toute la ville avec plus d’une centaine de lieux et accueille plus de 1000 compagnies qui se produisent et se promeuvent elles-mêmes.

Le festival d’Avignon représente la rencontre de divers acteurs qui cherchent à démocratiser la culture du spectacle vivant en modernisant les mises en scène des grands classiques du théâtre français et en apportant la note épicée de nouvelles créations théâtrales.
Alors si vous voulez étancher votre soif de Provence, votre amour des vieilles pierres et votre envie d’assister à un festival unique au monde, réservez votre prochain été à Avignon !

« C’est incroyable parce que Avignon n’est pas une ville hyper dynamique d’ordinaire, dans le sens où il y’a des gens dans la rue, mais y’a pas foule non plus. Là d’un coup la ville s’anime. Les murs sont remplis d’affiches des pièces jouées, il y’en a de partout : en guirlande sous les kiosques, sur les façades, bref vraiment partout, de plein de couleurs différentes, et ça rend la ville encore plus dynamique. Des gens font des prestations dans la rue, des groupes de lycéens font des battles de danse au milieu de la rue de la République, entre des gens qui chantes et d’autres qui jonglent, et ça jusqu’à tard le soir ! Les terrasses de café sont pleines et les artistes viennent vendre leurs pièces en chantant, jouant, dansant et distribuant des tracts.
Les pièces sont parfois jouées dans des tous petits théâtres, où on est à deux mètres des acteurs, avec à peine vingt spectateurs et ça crée une vraie ambiance d’intimité et tu as l’impression de vivre un moment hors du temps.
C’est très familial comme festival, dans le sens où tu peux négocier tes prix de places, surtout au début ! »

Emma Boumedine-Dremont, étudiante habitant à Avignon

« Le projet artistique du Festival d’Avignon est un festival unique sur la scène européenne et internationale. Cela fait six années que je m’y rends en tant que spectatrice mais aussi soutien à certaines compagnies théâtrales du Off pour lesquelles je tracte. J’ai donc l’expérience des deux merveilleuses possibilités qu’offre cet événement hors du commun pour le In et le Off : jouer et voir. D’après moi, le festival est unique pour des raisons pratiques mais aussi par l’émotion qui est y créée, donnée par les artistes et ensuite transmise entre les spectateurs. Les rues d’Avignon et ses environs au-delà de ses belles murailles sont transformées en un théâtre à ciel ouvert où défilent sans fin des comédiens et artistes aux costumes surprenants qui crient, chantent, dansent, rient, pleurent, jouent ! Pour moi le festival d’Avignon c’est donc une expérience totale qui s’éprouve des théâtres locaux jusqu’au endroits improbables, comme des cours d’écoles, réhabilités en scène le temps du festival mais aussi jusque dans les rues ou aux terrasses des cafés. J’adore m’asseoir à un des cafés des jolies places à l’ombre d’un platane avec le chant des cigales et voir se succéder les artistes qui viennent m’interpeller pour me présenter leur spectacle. C’est la particularité unique du festival, le tractage est la seule façon qu’ils ont à l’exception du catalogue du Off pour vendre leur spectacle : les artistes viennent à nous et c’est fou ! C’est épuisant pour les comédiens qui n’arrêtent pas entre leur représentation et les journées passées dans la rue, mais leur énergie sans limite et passion nous sont transmises à nous spectateurs. Et c’est beau. Le festival d’Avignon c’est donc un vrai moment d’échange artistique mais aussi humain. Tout s’y passe pour le Off par le « bouche-à-oreille » par les artistes eux-mêmes mais aussi par les autres spectateurs inconnus qui échangent et se conseillent des spectacles qu’ils ont aimés dans les rues, dans les queues où partout où le monde se trouve. Le festival d’Avignon c’est donc aussi une aventure au cours de laquelle on se laisse porter vers des découvertes surprenantes, marquantes et où l’on se laisse toucher au cœur par tous ses artistes qui se donnent au maximum sur la scène comme dans les rues aux murs couverts de milliers d’affiches accrochées par les impressionnantes 1000 et quelques compagnies s’y produisant. Il y a peu ou pas de ville dans le monde autre qu’Avignon qui rassemble autant de spectacles en une si brève période. Mais il a aussi la joie des artistes présentant leurs spectacles dans les rues, demandant une contribution au chapeau. Je me souviens de spectacles magnifiques. Le festival d’Avignon c’est un voyage physique comme moral, c’est une expérience dans une bulle tout droit sortie du rêve où la bienveillance, la surprise, les émotions et la gentilles nous donnent chaud au cœur. Je peux vous assurer que toute personne allant au festival d’Avignon aura le souffle coupé une fois arrivée et ne le récupèrera qu’à moitié une fois partie. »

Maroussia Bleitrach, spectatrice et bénévole.